
©️Togo 24 – (Lomé, le 8 mars 2026) – « Je ne célèbre pas ce 8 mars… » C’est par ces mots qu’Amen Assignon, journaliste engagée, a choisi de marquer cette édition 2026 de la Journée Internationale des Droits des Femmes. Derrière les fleurs et les messages de félicitations, elle dénonce le fossé qui sépare les textes législatifs togolais — exemplaires sur le papier — et le quotidien des femmes sans existence juridique ou victimes de violences silencieuses. Un plaidoyer vibrant pour que la justice devienne enfin accessible à toutes, de Lomé à Dapaong.
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la journaliste Amen Assignon livre une tribune poignante : loin des célébrations en rose, elle rappelle l’urgence de passer des lois aux actes pour les « oubliées » des statistiques, alors que seules 7% des victimes de violences osent encore franchir le seuil de la justice.
Tribune :
Chaque 8 mars, mon téléphone vibre toute la journée. Des fleurs. Des cœurs. Des “tu mérites le monde.” Des messages en rose que je lis en souriant sincèrement.
Puis je pose mon téléphone. Et je pense à elle.
Cette femme que j’ai rencontrée sur le terrain. Je ne dirai pas son nom, elle n’en a pas d’officiel. Pas d’acte de naissance. Pas d’existence juridique. Pour la loi de son pays, elle n’est personne.
Et pourtant, ce matin encore, elle s’est levée avant l’aube. Elle a travaillé. Elle a nourri ses enfants. Elle a tenu. Personne ne lui a envoyé de fleurs.
Ce 8 mars, je pense à elle en premier. Avant les célébrations. Avant les discours. Avant les classements, même les bons.
Parce que la fête des femmes, ça devrait commencer par là : par celles qu’on ne voit pas encore.
Et des bonnes nouvelles, il y en a. Le Togo est 2ème en Afrique pour les droits économiques des femmes, selon le rapport de la Banque mondiale de février 2026. 100 sur 100 sur la rémunération, le mariage, les actifs, les pensions. Sur le papier, notre loi ne fait aucune différence entre l’homme et la femme.
C’est une victoire réelle. Et je la salue, sincèrement.
Mais ce même rapport révèle une autre vérité, celle qu’on n’affiche pas en rose : 31,95 sur 100 sur nos mécanismes institutionnels.
C’est-à-dire la capacité réelle de nos institutions à faire vivre ces droits dans la vie de tous les jours. Dans un tribunal de province. Dans un commissariat de quartier. Dans les mains d’une femme qui ose, enfin, porter plainte.
La loi est belle. Les ponts qui y mènent sont encore fragiles.
Et cette femme de mon carnet, elle est loin d’être seule. Près d’1 femme togolaise sur 3 a été victime de violences physiques ou sexuelles au moins une fois dans sa vie. Et parmi elles, seulement 7% ont eu recours à la justice.
7%. Pas parce qu’elles ne souffrent pas. Pas parce qu’elles ne savent pas. Mais parce que le chemin vers la justice est encore trop long, trop hostile, trop silencieux. Parce que dans beaucoup de foyers, de quartiers, de villages, la violence est encore perçue comme une affaire de famille. Pas comme un crime.
J’ai rencontré des femmes qui portaient ça en silence depuis des années. Qui avaient honte alors qu’elles n’avaient rien fait. Qui avaient peur alors qu’elles étaient les victimes. Ces femmes-là ne sont pas dans les statistiques officielles. Elles sont dans mes carnets.
Alors ce 8 mars 2026, sous le thème “Droits. Justice. Action.” Je ne célèbre pas.
Et parce que cette femme à Sokodé, à Dapaong, à Kpalimé, à deux rues de chez vous elle mérite que sa douleur soit nommée.
Que sa force soit vue. Que son histoire soit racontée!
Bonne journée de lutte.
Je suis Amen ASSIGNON, Mère et Journaliste +16 ans d’expérience | Créatrice de contenus | Freelance: Rédaction • Storytelling • Voix-off • Montage audio vidéo | Bien-être • Social




