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Togo : Face aux vives tensions, le gouvernement suspend les activités de la Mosquée centrale de Kpalimé

©️Togo 24 – (Lomé, le 22 mai 2026) — Le couperet est tombé. Face à l’escalade des tensions qui secouent la communauté musulmane de Kpalimé (environ 120 km au nord de Lomé), le gouvernement togolais a décidé de taper du poing sur la table. Par la Décision N°0018 IMATGLAC/SG/DDC/DVPC signée le vendredi 22 mai 2026, le ministre de l’administration territoriale, de la gouvernance locale et des affaires coutumières, le Colonel Hodabalo Awaté, a ordonné la suspension immédiate de toutes les activités au sein de la Mosquée centrale de Kpalimé.

Cette mesure radicale, prise sur demande expresse de l’Union Musulmane du Togo (UMT), vise avant tout à « sauvegarder la paix et la tranquillité publique » dans la préfecture du Kloto. Visé directement par cette décision, l’imam contesté TCHAGOUNI Abdoul Moumouni se voit ainsi interdit d’exercer ses fonctions de direction des cultes sur le site. Le Directeur des Cultes et le maire de la commune Kloto 1 ont été immédiatement chargés de veiller à la stricte exécution de cette fermeture.

Les causes profondes d’un bras de fer communautaire

Pour comprendre la sévérité de cette décision ministérielle, il faut remonter à la genèse d’une crise structurelle qui fracture les fidèles de la localité en deux blocs antagonistes : une large majorité fidèle aux traditions de gestion locale, et une faction minoritaire soutenue par des instances nationales et des autorités locales.

Trois causes directes et indirectes ont mis le feu aux poudres ces dernières années :

Les destitutions jugées arbitraires : La crise s’est cristallisée autour de décisions administratives perçues par la base comme des ingérences. Il s’agit notamment du remplacement de Malam Ali Biva Tchabodé à la tête de l’Union musulmane préfectorale par M. Batcha Djéri Moutawakilou, et surtout de la destitution de l’Imam central historique, Malam Salifou Moussa, au profit de l’imam aujourd’hui suspendu, Malam Abdoul Moumouni.

Le conflit autour de l’Institut culturel et islamique SACOFA : La gestion pédagogique et la succession contestée à la direction de cet établissement scolaire ont provoqué d’importants débrayages et des manifestations d’élèves, exacerbant les ressentiments.

La direction de l’établissement est actuellement assurée par un responsable nommé par la majorité des fidèles, un choix vivement contesté par la minorité. Cette dernière multiplie les démarches pour imposer l’un de ses propres membres à la tête de l’institution. »

Des frictions politiques latentes 

Les tensions ont été nourries par des antécédents protocolaires impliquant le préfet de Kloto — accusé par la majorité des fidèles d’abus de pouvoirn d’intimidatio et d’ingérence — qui s’était opposé à plusieurs reprises à ce que l’ancien Imam Salifou Moussa conduise des prières officielles et organise des réunion avec les chefs communautés et les sages), malgré une invitation du Chef de l’État à régler le différend à l’amiable.

L’étincelle du 15 mai : de la provocation à l’affrontement physique

La situation est devenue hors de contrôle une semaine plus tôt. Le 11 mai dernier, le camp minoritaire a tenté d’organiser l’intronisation officielle du nouvel imam imposé, des membres du nouveau bureau préfectoral de l’Union musulmane de Kloto ainsi que du nouveau directeur de l’institut SACOFA,  déclenchant une vive fronde de la jeunesse locale qui a fait échouer la cérémonie.

L’escalade a atteint son paroxysme le vendredi 15 mai 2026, lors de la grande prière hebdomadaire de 13 heures. Des fidèles de la majorité ayant escorté l’ancien Imam réhabilité par la base, Malam Salifou Moussa, pour diriger le prêche, un membre du camp adverse a fait irruption pour l’agresser physiquement en plein culte. Les altercations qui ont suivi à l’intérieur de la mosquée, largement relayées sur les réseaux sociaux, ont brisé la sacralité du lieu de culte et fait craindre des affrontements généralisés dans les rues de Kpalimé.

​Vers une sortie de crise 

En fermant temporairement la Mosquée centrale, le Colonel Hodabalo Awaté impose une trêve administrative forcée pour éviter de nouvelles violences. Cependant, le retour à une paix sociale durable dans le grand Kloto dépendra de la capacité des autorités et de l’UMT à écouter les revendications de la base, qui exige le retour des leaders traditionnels destitués et la fin de toute ingérence politique dans la gestion spirituelle.

Pour l’heure, les portes de la Mosquée centrale restent closes, symbole d’une communauté en quête de réconciliation.

 

La rédaction

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