
©️Togo 24 – (Lomé, le 28 juin 2026) – Malgré une campagne 2025-2026 historiquement productive, la filière cotonnière togolaise traverse une crise structurelle profonde. Ce mardi 30 juin 2026, les producteurs se réunissent en Assemblée générale à Témédja (commune Amou 3) pour confronter les défaillances industrielles d’Olam Agri et esquisser les voies d’une résilience face aux urgences environnementales.
Le paradoxe est saisissant. Sur le papier, le coton togolais affiche une santé de fer : la campagne 2025-2026 s’est clôturée sur un volume exceptionnel dépassant les 77 000 tonnes, soutenu par un rendement record de 1 050 kg à l’hectare. Pourtant, sur le terrain, la réalité est tout autre. La filière, autrefois fleuron de l’économie rurale du pays, se trouve aujourd’hui « sous oxygène », fragilisée par des tensions de gouvernance aiguës et des aléas climatiques de plus en plus lourds.
C’est dans ce climat de haute tension que la Fédération Nationale des Groupements de Producteurs de Coton (FNGPC COOP-CA) appelle à une mobilisation générale.
Les cotonculteurs se réunissent ce mardi 30 juin à Témédja, dans la région des Plateaux, pour une Assemblée Générale Ordinaire (AGO) cruciale. Le thème retenu, « Transformer les défis climatiques en opportunités d’innovations, de durabilité et de compétitivité pour le coton togolais », cache à peine l’urgence sociale et managériale qui secoue le secteur.
Le divorce consommé entre les producteurs et Olam Agri
Au cœur du mécontentement des paysans se trouve la gestion d’Olam Agri, l’actionnaire majoritaire de la Nouvelle Société Cotonnière du Togo (NSCT). La colère, qui couve depuis des mois, a failli exploser récemment lorsque la multinationale a brutalement suspendu ses opérations d’achat de coton à travers le pays, bloquant les revenus des agriculteurs.
Face à cette rupture de contrat de fait, les producteurs, exaspérés, s’étaient dits prêts à descendre massivement dans les rues pour faire valoir leurs droits. Si le pire a été évité grâce à une intervention ferme du ministre de l’Agriculture – qui a contraint Olam à reprendre sans délai le paiement des revenus –, la confiance est définitivement rompue.
Aujourd’hui, le malaise persiste. Il y a quelques semaines, les organisations professionnelles exigeaient ouvertement le départ du Directeur Général d’Olam Agri au Togo, tout en dénonçant la passivité, voire la « complicité », de certaines autorités de tutelle. Les débats à Témédja s’annoncent donc électriques quant aux conditions de commercialisation et à la refonte du modèle de partenariat public-privé.
L’urgence environnementale au menu des discussions
Au-delà de la crise de gouvernance, l’Assemblée générale se penchera sur des menaces structurelles qui pèsent sur la productivité à long terme. Les cotonculteurs font face à une triple peine :
Les dérèglements climatiques : Des cycles de pluies de plus en plus erratiques qui perturbent les calendriers agricoles.
La pression parasitaire : Des vagues d’attaques de chenilles qui menacent l’intégrité des plantations.
La précarisation sociale : Des conditions de vie et de travail qui se détériorent sous le coup de l’inflation et de l’incertitude des paiements.
L’enjeu de ce sommet de Témédja sera de transformer ces crises en levier de modernisation.
Pour la FNGPC COOP-CA, il s’agira d’introduire des innovations agronomiques durables pour maintenir le coton togolais compétitif sur le marché sous-régional et mondial, tout en garantissant un filet de sécurité économique aux producteurs.
À l’aube d’une nouvelle campagne, la transition vers des pratiques plus résilientes ne pourra se faire sans un assainissement des relations financières et institutionnelles. Les résolutions qui sortiront de Témédja ce 30 juin détermineront si le coton togolais peut redevenir l’or blanc des campagnes ou s’enfoncer un peu plus dans une crise industrielle majeure.
Au champ / Togo 24




