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Kpalimé : Vives tensions au sein de la communauté musulmane après l’agression d’un Imam à la  Mosquée centrale

©️Togo 24 – (Kpalimé, 17 mai 2026) – La crise socioreligieuse qui secoue la communauté musulmane de Kpalimé (environ 120 km au Nord de Lomé) dans la commune de Kloto 1, vient de franchir un nouveau cap. Ce conflit, qui dure depuis plusieurs années, a culminé le vendredi 15 mai 2026 par des altercations physiques au sein de la Mosquée Centrale lors de la prière de 13 heures, illustrant les fractures profondes qui divisent les fidèles en deux blocs antagonistes.

D’un côté, une large majorité composée de théologiens (malam), de sages, de chefs de communautés et de fidèles, revendique le respect des valeurs ancestrales de gestion locale. Selon cette sensibilité, le choix des membres de l’Union musulmane préfectorale de Kloto, la désignation de l’Imam de la Mosquée centrale et l’équipe de la direction de l’Institut culturel islamique SACOFA relèvent exclusivement des prérogatives de la base. C’est à ce titre qu’ils reconnaissent Malam Ali Biva Tchabodé comme président légitime de l’UMP de Kloto  et Malam Salifou Moussa comme Imam central de Kpalimé.

De l’autre côté, une faction minoritaire, appuyée selon une source proche du dossier par une instance nationale et une autorité locale, soutient de nouvelles nominations contestées par la base, créant un climat de rivalité et de contestation hégémonique durable.

Genèse et causes de la crise : Des destitutions jugées illégales

Les tensions actuelles découlent principalement de trois décisions administratives et religieuses perçues par la majorité de la communauté comme arbitraires et contraires aux principes et valeurs encestrales de la communauté musulmane du Kloto :

Le remplacement de Malam Ali Biva Tchabodé à la tête de l’Union musulmane préfectorale par M. Batcha Djéri Moutawakilou.

La destitution de Malam Salifou Moussa, Imam de la Mosquée de Kpalimé, au profit de Malam Abdoul Moumouni.

La réorganisation de la direction pédagogique de l’institut culturel et islamique SACOFA.

M. Batcha Djéri Moutawakilou et Malam Abdoul Moumouni sont issus du camp de la minorité

Selon des sources proches du dossier, ces remaniements résulteraient d’influences croisées entre des personnalités musulmanes influentes, la présidence nationale de l’Union Musulmane du Togo (UMT) et une autorité locale.

Les antécédents et le rôle des autorités politiques

Les sources locales font remonter le différend à plusieurs incidents antérieurs. Malam Salifou Moussa avait déjà fait l’objet d’une suspension provisoire à la suite d’un incident protocolaire lors d’un mariage, où il avait refusé la prière de clôture à Malam Sofo (chef de la communauté Tchaoudjo), estimant que cette prière n’étant pas une priorité.

Un second incident est survenu lors d’une rencontre officielle à l’Hôtel du 30 Août, présidée par le Président du Conseil (anciennement Président de la République), Faure Gnassingbé. L’opposition du préfet à ce que l’Imam Salifou Moussa conduise la prière d’ouverture avait alors mis en lumière les frictions entre l’autorité préfectorale et le dignitaire religieux. Face à cette situation, le Chef de l’État avait explicitement invité les parties prenantes à régler définitivement leur différend.

Cependant, les tentatives de conciliation menées ultérieurement par l’Imam ont été entravées par des interdictions de réunion par le préfet de Kloto. Par la suite, une correspondance adressée par l’Imam à un ministre (également présent au coté de Faure Gnassingbé à lhotel 30 aout) pour lui formuler quelques doléances et dénoncer l’ingérence du préfet a accentué les clivages, entraînant une nouvelle suspension de fait de l’Imam de la direction des prières, bien qu’aucune notification officielle ne lui ait été formellement signifiée.

Contacté à l’époque par Togo 24, le président national de l’UMT avait admis avoir sollicité l’appui logistique de la préfecture pour la désignation des membres du nouveau bureau préfectoral. Un processus qui s’était déroulé dans les locaux de la préfecture mais qui avait été boycotté par la majorité des leaders religieux locaux, ces derniers dénonçant une violation de leurs procédures internes et des intimidations et menaces du préfet. De son côté, le préfet de Kloto a rejeté en bloc les accusations d’abus de pouvoir et d’ingérence.

Le cas de l’Institut SACOFA : Une transition contestée

Le volet éducatif de la crise s’est cristallisé au cours de l’année scolaire 2022-2023 lors de la succession de Malam Salifou Moussa (qui dirigeait l’établissement depuis deux décennies) par M. Souleymane Yolou.

La situation s’est aggravée à la rentrée 2023-2024 lorsque M. Yolou a été rétrogradé au poste d’adjoint au profit de M. Seydou. Ce réajustement a provoqué d’importantes manifestations d’élèves et d’enseignants, paralysant l’établissement pendant trois jours et nécessitant l’intervention de la préfecture.

L’escalade de mai 2026 : De la provocation à l’affrontement

La tension est montée d’un cran suite à une invitation signée le 11 mai 2026 par M. Batcha Djéri Moutawakilou, annonçant pour le mercredi 13 mai l’intronisation officielle du nouvel Imam central et la validation du bureau préfectoral contesté. Face à la vive opposition de la jeunesse et de la majorité des fidèles, l’événement n’a finalement pas pu se tenir.

En réaction, le vendredi 15 mai, des jeunes de la communauté ont escorté l’ancien Imam, Malam Salifou Moussa, pour lui faire reprendre la direction de la grande prière hebdomadaire. C’est au cours de son prêche que Malam Sofo a fait irruption pour s’en prendre physiquement à l’Imam. Les fidèles et le service de sécurité de la mosquée se sont interposés pour expulser l’assaillant.

Les vidéos de l’incident et des manifestations de joie qui ont suivi dans les rues de Kpalimé ont largement circulé sur les réseaux sociaux, notamment TikTok. Bien que Malam Sofo ait déposé une plainte pour agression, les premières constatations des forces de l’ordre sur place indiqueraient qu’il est à l’origine de l’altercation.

Une réunion de crise convoquée en urgence ce samedi 16 mai par le préfet de Kloto serait annulée à la dernière minute. Les chefs de communautés et leaders religieux de la majorité ont refusé d’y siéger, exigeant au préalable une convocation officielle en bonne et due forme.

Les pistes d’une sortie de crise durable

Selon les observateurs locaux et les dignitaires de la communauté musulmane de Kpalimé, le retour à une paix sociale durable repose sur une feuille de route en trois points essentiels :

La réinstallation formelle de Malam Ali Biva Tchabodé dans ses fonctions de président de l’Union musulmane préfectorale de Kloto.

La réhabilitation officielle de Malam Salifou Moussa en tant qu’Imam central de la Mosquée de Kpalimé.

Le maintien de l’équipe de gestion actuelle de l’institut culturel et islamique SACOFA pour garantir la stabilité pédagogique.

La non ingérence du préfet de Kloto dans les affaires internes de la communauté musulmane de Kloto.

La communauté appelle désormais de ses vœux un arbitrage définitif des plus hautes instances de l’Union Musulmane et du président du Conseil pour restaurer le calme et préserver la cohésion sociale de la ville.

Joint par la rédaction de Togo 24 ce dimanche, le président national de l’UMT s’est montré disposé à accorder un entretien approfondi à notre média afin de faire le point sur ce dossier.

Affaire à suivre.

 

La Rédaction

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