
©️Togo 24 – (Lomé, le 18 mai 2026) — Deux ans après les vastes opérations de libération des emprises publiques menées par le gouvernement dans le Grand Lomé, le bilan s’avère particulièrement amer. Censé assainir la capitale, ce projet s’est transformé en un abandon manifeste, plongeant les anciens sites marchands dans l’insalubrité et l’insécurité, tout en précarisant des milliers de familles. Le Mouvement Martin Luther King (MMLK) monte au créneau et exige des comptes.
Le constat dressé sur le terrain par le Mouvement Martin Luther King (MMLK) – La Voix des Sans Voix est sans appel. Vingt-quatre mois après l’exécution des directives gouvernementales visant à déguerpir les trottoirs de la capitale togolaise, le paysage urbain offre un spectacle de désolation. Là où s’activait autrefois une économie informelle dynamique, permettant à des milliers de petits commerçants de gagner honnêtement leur vie, ne subsistent aujourd’hui que des amas de détritus, des flaques d’eaux stagnantes et des zones d’ombre propices à la criminalité.
Un échec environnemental et sécuritaire
L’objectif affiché par les autorités locales et nationales était pourtant noble : « libérer et assainir l’espace public ». Force est de constater que la réalité a pris une trajectoire diamétralement opposée. En l’absence de tout suivi ou de projets de réaménagement urbain, ces zones libérées se sont métamorphosées en véritables décharges à ciel ouvert. Ce manque d’entretien engendre des risques sanitaires accrus pour les riverains et ternit gravement l’image de la capitale, transformant une politique d’ordre en un échec environnemental visible de tous.
La question de la gouvernance et de la responsabilité locale
Face à cette situation, l’organisation dirigée par le Pasteur Edoh Komi soulève la question des responsabilités politiques. Le mouvement pointe du doigt une faillite dans la chaîne de décision, s’interrogeant sur la passivité des municipalités face aux exigences du pouvoir central.
Pour le MMLK, les maires ne sauraient se réduire à de simples exécutants d’ordres verticaux. En tant que gestionnaires du quotidien, il leur incombait d’exiger des plans d’aménagement rigoureux, des budgets d’entretien pérennes et, surtout, des alternatives viables de relogement pour les populations touchées.
« Un déguerpissement sans plan n’est pas de l’assainissement. C’est la destruction d’emplois et la dégradation accélérée de la ville », rappelle fermement le communiqué du mouvement.
Un coût humain et social dramatique
Derrière les décombres et l’insalubrité se cache un drame social de grande ampleur. Pour des milliers de foyers loméens, le commerce de rue constituait l’unique rempart contre la misère. L’arrêt brutal de leurs activités, sans mesures d’accompagnement adéquates, a plongé de nombreuses familles dans un surendettement chronique et une précarité extrême.
Loin d’avoir été résolu, le problème de l’informel s’est simplement déplacé et paupérisé : si certains commerçants tentent tant bien que mal de survivre dans des conditions encore plus rudes, d’autres ont été contraints de quitter Lomé.
Les exigences de la société civile
Face à cette double crise urbaine et humanitaire, le MMLK formule cinq exigences strictes à l’endroit du gouvernement et des autorités municipales du Grand Lomé :
La réhabilitation immédiate : Le lancement urgent de travaux d’aménagement et d’entretien systématique de l’ensemble des sites déguerpis.
Une planification chiffrée : La publication d’un calendrier précis et budgétisé des réhabilitations pour chaque site, soumis à un mécanisme de suivi citoyen.
Un cadre de concertation : L’ouverture d’un dialogue inclusif avec les associations de commerçants afin d’organiser un retour vers des espaces de vente salubres et sécurisés.
Un moratoire immédiat : L’arrêt de toute nouvelle opération d’expulsion sans l’assurance préalable d’une solution de relogement économique viable.
Un urbanisme humain : Le respect du principe fondamental selon lequel la gestion d’une cité doit se faire avec et pour le peuple.
Le MMLK rappelle une vérité essentielle : « La ville appartient à ceux qui la vivent, pas à ceux qui la vident ». Mener une opération de déguerpissement qui génère davantage de saleté et de pauvreté constitue une double faute politique et économique que les décideurs doivent urgemment corriger.
La rédaction
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